• François Loiret

La communauté des amis et la communauté des époux.



La personne singulière est dans son essence avec les autres. Il lui revient, dans son essence d’appartenir à un groupe humain, appartenance qui prend des traits originaux selon chaque groupe d’appartenance, que ce soit la famille, la société, l’Etat, la Nation etc. L’appartenance à chacun de ses groupes ne se décline pas de la même manière, c’est pourquoi c’est une confusion redoutable que d’envisager l’appartenance à des sphères d’être différentes selon le même mode, celui de la société par exemple. Or la personne ne s’épuise pas dans ces multiples appartenances. Chaque personne singulière est indissociable d’une personne commune, mais aussi chaque personne singulière est une personne intime. L’intimité n’est d’ailleurs pas un trait de la personne singulière, elle est aussi un trait de la personne commune et même de tout groupe humain, la société exceptée. Il y a bien en effet une intimité du couple conjugal, de la famille, du peuple, de la nation. Toutefois, l’intimité est à comprendre doublement. Il y a une intimité relative et une intimité absolue. Or la prise en compte de l’intimité absolue expose la communauté des personnes finies au risque de la disparition.


L’intimité relative revient à chaque personne singulière en tant qu’elle est membre d’une communauté et à chaque communauté dans son rapport aux autres communautés. La famille possède son intimité relative par rapport aux autres groupes humains, le peuple, la société, l’Etat, la Nation, et la personne singulière, comme membre de la famille possède également cette intimité relative. On accuse à bon droit d’indiscrétion celui qui essaye de pénétrer dans cette sphère intime. La protection de l’intimité de la communauté familiale fait d’ailleurs partie, ou doit faire partie des tâches de l’Etat contre toute immixtion du peuple, de la société, dans le cercle de la famille. Mais un peuple et une nation possède eux-aussi leur sphère d’intimité relative et la personne singulière dans son appartenance à son peuple ou à sa nation fait l’expérience elle-même pour elle-même de cette intimité relative. Toutes ces sphères d’intimité relative, remarque cependant Scheler, sont cependant de nature générale, en ce sens que l’intimité s’y présente comme une intimité sans caractère individuel marqué. Or il existe une sphère d’intimité relative marquée par l’individualité la plus poussée, celle du mariage d’une part, de l’amitié d’autre part.


La communauté du couple conjugal d’une part, la communauté des amis d’autre part, se caractérisent en effet par la plus grande intimité dans la proximité et la communauté. Les mariés, pas les amants, et les amis peuvent être ceux qui vivent le plus ensemble en étant les plus proches. Mais si les mariés et les amis sont les plus proches et les plus les uns avec les autres, un premier risque ne se présente-t-il pas ici, celui d’un dépassement de toute autre communauté dans le mariage et dans la l’amitié ? Dans ce cas, en effet, les mariés et les amis constitueraient une communauté finie plus accomplie que toute autre communauté finie. A la limite même cette communauté pourrait apparaître comme plus accomplie que la communauté éthicoreligieuse. Or cela ne peut être possible et les mariés d’une part, les amis d’autre part se méprendraient s’ils considéraient que leur communauté se suffit à elles-mêmes. Scheler précise en effet que la communauté des mariés et des amis peut présenter un caractère de transcendance et d’éternité, mais seulement à trois conditions, dont la dernière est la plus importante. La première condition, c’est que les mariés et les amis soient dans une communauté d’appartenance à l’Etat, la seconde qu’ils soient dans une communauté de culture, et la troisième qu’ils soient dans une communauté d’esprit religieux. La communauté des mariés et des amis n’est pas envisageable comme communauté accomplie sans la même appartenance à un Etat, à une culture et à l’Eglise. C’est en fait sur le sol même de ces trois appartenances que la communauté des mariés et des amis peut réaliser la plus grande intimité dans la proximité et le vivre ensemble. La transcendance et l’éternité de l’amour conjugal d’une part, de l’amour d’amitié d’autre part, présupposent en fait la transcendance et la supratemporalité de la communauté écclésiale. Les mariés et les amis ne peuvent prétendre constituer la communauté la plus accomplie dans la mesure même où la communauté la plus accomplie des personnes finies est une communauté avec la personne infinie. Seule une communauté avec la personne infinie peut présenter ce caractère de transcendance. Or cette communauté atteint son degré d’intensité le plus haut avec l’intimité absolue. Mais du même coup, c’est le risque le plus haut qui se présente aussi.


François Loiret, tous droits réservés.

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