• François Loiret

Le concept de classe chez Marx.



1 La société et la classe sociale ne sont pas transcendantes.

Dire que dans la société divisée en classe chaque individu est aliéné dans la mesure où il n’est pas totalement lui-même, mais a son être dans la société, ce n’est pas du tout dire que l’individu est aliéné par la société. En effet, contre les socialistes français du 19e, contre Proudhon en particulier, Marx dénonce toute absolutisation de la société. Il n’y a pas une société qui comme tout transcenderait les individus et qui serait le véritable sujet de la vie sociale. Il n’y a pas une personne collective nommée société qui aurait une conscience propre et une volonté propre. Dans la Critique de l’économie politique, il déclare en ce sens :

« Il est faux de considérer la société comme un sujet unique : c’est un point de vue spéculatif » I p.247.

Si le marxisme a eu tendance à absolutiser la société, ce n’était pas le cas de Marx. C’est pourquoi la thèse selon laquelle les individus sont dépravés ou malheureux à cause de la société de sorte qu’il suffirait de changer la société est au sens de Marx une thèse complètement absurde. Cette thèse qui pose la société comme cause unique et totale des malheurs des individus est une thèse abstraite en ce qu’elle pose la société comme une réalité en soi au-delà des individus. Or Marx qui se veut empiriste, affirme au contraire qu’il n’existe pas de réalité en soi de la société au-delà des individus, qu’il n’existe pas de transcendance de la société. La société n’est rien en dehors des rapports pratiques que nouent les individus et c’est là le sens de ce que déclare Marx dans les Principes de la Critique de l’Economie politique :

« La société ne se compose pas d’individus, elle exprime la sommes des relations, conditions, etc. dans lesquelles se trouvent ces individus les uns par rapport aux autres […] Être esclave ou citoyen constitue des relations sociales, des relations des individus A et B. A n’est pas comme tel esclave, il le devient dans et par la société » p.281.

Ce que Marx veut dire ici c’est que la société n’est pas une agrégation d’individus, une multitude d’individus. Mais cela n’implique pas du tout à l’encontre de ce que peuvent lire les marxistes que la société est un tout au-dessus des individus. En effet, ce qui constitue la société ce sont des relations qui ont lieu entre individus. Une société est certes une structure, elle est bien une totalité de relations et de conditions, mais ces relations et ces conditions ne s’imposent en rien du dehors aux individus, car ce sont bien des relations et des conditions qui concernent les individus. Ce que tel individu est socialement cela tient aux relations qui existent dans la société dont il est membre, mais il ne s’agit pas du tout de relations à la société, ce qui serait absurde, il s’agit de relations précises aux autres individus membres de la société. En concevant la société comme la totalité des relations entre les individus, relations fondées d’ailleurs sur le mode de production matériel, Marx est très loin d’absolutiser la société car la totalité n’est justement que la somme des relations entre les individus et rien de plus. Les relations et les conditions dans lesquelles se trouvent les individus ne sont pas des relations et des conditions en soi extérieures aux individus, mais des relations qui sont constitutives de leur individualité. Or Marx n’a cessé de soutenir que ces relations dans lesquelles se trouvent les individus dans telle ou telle société sont des relations qui sont produites par les individus. Dans l’Idéologie allemande déjà Marx s’insurgeait contre toute affirmation d’une indépendance absolue des relations aux individus :

« Ce fut précisément la conduite personnelle, individuelle des individus, leur comportement mutuel en tant qu’individus qui créa les relations existantes et les crée à nouveau, jour après jour » p.1319.

Les rapports sociaux ne sont pas déjà là, ils n’apparaissent et ne se maintiennent que par les conduites des individus qui sont toujours en tant que telles des conduites aussi bien individuelles que sociales, aussi bien sociale qu’individuelles puisque ce sont des conduites d’individus vivant en société. La société, comme chez Ferguson, n’est pas un plan de transcendance, mais un plan d’immanence. Or si la société n’est en rien absolutisée, les classes comme divisions structurelles des sociétés non primitives ne le sont pas non plus. Les socialistes français absolutisaient la société (leurs héritiers aussi), les marxistes ont eu tendance à absolutiser les classes, comme si la réalité de la société se résumaient à des classes qui seraient transcendantes aux individus et dont ils ne seraient que les exemplaires ou les porteurs (sur cette tendance à réduire les individus à des exemplaires de leur classe, voir Bourdieu). La classe soutient Marx n’a pas plus d’existence en dehors des individus que n’en a la société. Les classes sont elles aussi le produit de l’activité des individus comme le montre Marx à partir de l’exemple de la bourgeoisie dans l’Idéologie allemande. Dans cet ouvrage, Marx propose une généalogie de la classe à partir de l’étude de la formation de la classe bourgeoise en Europe à la fin du Moyen-Âge. Comment se forme la classe bourgeoise demande Marx ? Pour montrer la formation de la classe bourgeoise, Marx part des individus. Il dit en somme que son point de départ est l’existence d’individus fuyant les seigneuries campagnardes qui s’établissent dans les villes médiévales et qui s’y livrent au commerce et à l’artisanat. Ces individus dans la même ville partagent des conditions de vie semblables qui deviennent peu à peu des conditions de vie commune. Ce sont donc des conditions de vie individuelles qui sont peu à peu devenues communes et cette communauté s’est renforcé par la nécessité de lutter ensemble contre le ou les seigneurs locaux. Ces groupes locaux de bourgeois en raison du développement des villes et du commerce entre les villes nouent des relations de ville à ville de sorte que les conditions semblables s’étendent désormais à un grand nombre d’individus que les activités et le mode de vie rapprochent. Lorsque les mêmes activités, les mêmes conditions de vie, la même nécessité de s’affranchir de la noblesse deviennent les traits communs à un grand groupe d’individus, alors se forme une classe, en l’occurrence la classe bourgeoise. La classe ne préexiste donc pas aux individus, elle est le produit de l’action des individus. Dans la formation de la classe par les individus, ce qui joue un rôle déterminant, c’est leur type d’activité auquel est lié un mode de conduite de la vie et une opposition à une classe déjà existante. C’est pourquoi Marx peut affirmer que la classe ne préexiste pas aux individus et que les individus en sont en rien des exemplaires de la classe. Les activités, le mode de vie, les oppositions qui caractérisent une classe sont toujours des activités, des modes de vie, des oppositions qui caractérisent d’abord des individus. Toutefois, il faut distinguer entre la genèse de la classe et sa reproduction. Lorsqu’une classe est établie, lorsqu’elle se fixe, alors soutient Marx, la classe se rend indépendante des individus. En quel sens la classe une fois formée se rend-elle indépendante des individus ? Par quel miracle ce qui est le produit de l’activité des individus devient-il indépendant des individus ? Il n’y a là au sens de Marx aucun miracle. Une fois une classe établie, ceux qui viennent au monde dans cette classe la trouvent déjà toute préparée à les accueillir. Les individus nés dans une classe deviennent pour la plupart des individus de cette classe : ils en partagent les activités, le mode de vie, les idées, les oppositions. La classe où ils sont nés fait qu’ils se constituent eux-mêmes comme membres de cette classe parce que cette classe n’est rien d’autre que l’ensemble des conditions de leur vie. La classe n’est pas pour autant devenue une réalité transcendante et supérieure qui les détermine extrinsèquement car d’une part des conditions de vie et d’activité ne sont rien d’extérieur et de transcendant en soi et d’autre part l’existence de la classe demeure toujours celle des individus. Ainsi lorsque Marx déclare que les individus sont subordonnés à leur classe, il ne veut pas du tout dire comme nombre de marxistes qu’il y a une réalité transcendante de la classe, il veut seulement dire que ces individus trouvent déjà devant eux des conditions de vie caractéristique d’une classe dont ils ne sont pas les créateurs mais dont ils sont les héritiers. La classe devient une réalité indépendante dans la mesure où elle est déjà fixée pour les nouveaux entrants, mais elle n’est pas pour autant une réalité en soi dont ils seraient seulement les exemplaires. Sans des individus qui en produisent et en reproduisent les conditions, la classe n’existe pas. Dans la mesure où la division en classes repose sur la division du travail et que la division du travail est une aliénation des individus, il en résulte que dans toute société de classes, les individus sont aliénés, ainsi ce ne sont pas seulement les prolétaires, mais aussi les bourgeois qui sont aliénés dans la société bourgeoise remarque Marx dans la Sainte Famille :

« La classe possédante et la classe du prolétariat représentent la même aliénation humaine. Mais la première se complait et se sent confirmé dans cette aliénation de soi, elle éprouve l’aliénation comme sa propre puissance et possède en elle l’apparence d’une existence humaine ; la seconde se sent anéantie dans l’aliénation, elle voit en elle sa propre impuissance et la réalité d’une existence inhumaine » p.459

Contrairement aux socialistes français, Marx ne prétend pas que c’est la société qui agit dans l’histoire et non les individus, contrairement aux simplismes bolcheviques, il ne prétend pas non plus que ce sont les classes qui agissent dans l’histoire et non pas les individus. Ce sont toujours des individus qui agissent mais ils agissent comme membres d’une classe. La lutte des classes dans les sociétés divisées n’est pas une lutte entre des classes supérieures aux individus, mais une lutte entre des individus appartenant à des classes. Dire que des classes agissent, ce serait encore pour Marx un point de vue spéculatif. Puisque la société est une réalité totalement immanente, il en résulte que les classes sont aussi des réalités immanentes et non des réalités transcendantes.

2 Le caractère confus des concepts de classe et de lutte des classes chez Marx.

Marx a emprunté le concept de classe sociale aux historiens royalistes français le Comte de Montlozier et Guizot. Ces derniers entendaient par classes les groupes qui s’étaient opposés politiquement pendant la révolution de 1789 et avant tout la noblesse et la bourgeoisie. Chez eux le concept de classe était un concept non pas social, mais socio-politique. Le Comte de Montlosier forme même le syntagme « lutte entre les classes » qui deviendra chez Marx le syntagme « lutte des classes ». Les concepts de classe et de lutte entre des classes opposées ne sont donc pas originellement marxiens et Marx n’omet pas de préciser qu’il n’a pas inventé les classes ni la lutte des classes, mais qu’il en a emprunté le concept à des historiens français. Marx toutefois a refondu le concept de classe hérité des historiens français. Cette refondation est loin d’être sans ambiguïté.

Dans la mesure où la division en classes repose selon Marx sur la division du travail et du même coup sur les conditions de la production matérielle, les rapports de classe se fondent sur les rapports économiques de production. En ce sens, une classe est un groupe défini par son rôle économique. Mais comme le rôle économique est aussi le fondement de la vie des individus dans la société, il en résulte que la classe englobe toute la vie des individus qui lui appartiennent sans jamais être extérieure à cette vie. A partir de là, le concept de lutte des classes chez Marx, à la différence de celui de lutte entre les classes chez Montlosier devient extrêmement fragile.

Si l’activité des individus à l’intérieur de la division du travail permet de définir la classe, on voit mal comment Marx peut prétendre à une forme binaire de lutte des classes d’autant plus que Marx nous présente deux concepts de la classe. Il y a un concept de la classe inaccomplie et un concept de la classe accomplie. Ainsi dans Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte, Marx déclare à la fois que la paysannerie française constitue une classe et ne constitue pas une classe. Dans quelle mesure la paysannerie française constitue-t-elle une classe ? Marx répond :

« Dans la mesure où des familles vivent par millions dans des conditions économiques d’existence qui séparent leur mode de vie, leurs intérêts et leur instruction de ceux des autres classes, et les dressent contre celles-ci, elles constituent une classe » p.523.

Ici ce qui constitue une classe, c’est une similitude de mode de vie, une similitude d’intérêts et une similitude d’instruction sur la base de conditions économiques identiques. Un groupe d’individus exerçant la même activité productrice dans des conditions identiques se distingue des autres groupes d’individus exerçant d’autres activités productrices et se sait distinct d’eux non seulement par son revenu mais aussi par sa façon de vivre, ses intérêts et son instruction. Mais du même coup, il peut y avoir autant de classes qu’il y a de groupes dont le mode de vie, les intérêts et l’instruction diffèrent. En ce sens, dans la Lutte des Classes en France, Marx distinguera six classes différentes dans la société française : la classe paysanne, la classe des propriétaires fonciers, la petite bourgeoisie, la bourgeoisie financière, la bourgeoisie industrielle et le prolétariat industriel. Il aurait pu d’ailleurs en ajouter d’autres car on voit mal à quelle classe appartiennent alors les fonctionnaires, les avocats, les médecins, les ingénieurs.

Toutefois, il ne s’agit là au sens de Marx que de la classe dans un sens inaccompli car les paysans ne constituent pas une classe accomplie. Il écrit en effet :

« Pour autant qu’il n’y a qu’un rapport local entre les petits paysans, que l’identité de leurs intérêts ne crée ni communauté, ni lien national, ni aucune organisation politique, ils ne constituent pas une classe. C’est pourquoi ils ne sont pas capables de faire valoir leurs intérêts de classe en leur propre nom, soit par un parlement, soit par une convention ». p.523.

Une classe accomplie est une communauté porteuse d’un intérêt commun à un groupe d’individus et capable de s’organiser politiquement en un parti. Des individus constituent une classe en un sens accompli dans la mesure où ils ont conscience de former une unité, de penser et d’agir de manière commune au niveau politique. Ce n’est donc pas la situation économique d’une classe qui fait d’elle une classe accomplie, c’est son devenir politique. En ce sens, la lutte des classes en un sens accompli est une lutte politique. Alors que Marx subordonne constamment le politique à l’économique et le situe même dans l’idéologie, il est contraint de lui conférer une importance primordiale pour définir la classe accomplie. Même si la classe accomplie est une réalité économique et du même coup sociale, elle est aussi et surtout une réalité politique. Les paysans français forment bien une classe au sens d’une réalité économique et sociale, mais ils ne forment pas une classe au sens d’une réalité politique. La classe authentique ne se réduit donc pas pour Marx, aussi paradoxal que cela soit à une réalité économique, elle est une réalité politique, sur la base d’une réalité économique certes. Dans ce cas, combien de classes existe-t-il en France en 1848 ? Puisque la bourgeoisie financière, la bourgeoisie industrielle, la petite bourgeoisie et le prolétariat industriel ont un parti qui les exprime, des hommes politiques qui défendent leurs intérêts de classe, on pourrait dire qu’il y a en 1848 quatre classes authentiques en France. Toutefois, Marx ne peut s’empêcher de tomber dans un schéma binaire qu’il emprunte aux historiens royalistes français, chez lesquels il est justifié alors qu’il ne l’est pas chez lui. En effet, dans Les Luttes de Classe en France, après avoir mentionné toutes les luttes politiques qui opposent les différentes classes, Marx ramène la complexité des ces luttes à la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat industriel, réduction d’autant plus étonnante que Marx ne cesse de souligner que le groupe le plus nombreux de la société française est constitué par les paysans, que la bourgeoisie industrielle et le prolétariat industriel sont encore embryonnaires en France. La France de 1848 en effet, comme la quasi-totalité des pays européens n’était pas un pays industriel. Le seul pays industriel en Europe en 1848 est la Grande Bretagne et dans ce dernier pays, une partie non négligeable du prolétariat industriel est un prolétariat rural (le prolétariat représente au plus 60% de la population anglaise en 1867 si on y inclut les domestiques, les petits artisans, les ouvriers agricoles, les ouvriers à domicile). Comment Marx peut-il ramener la complexité des luttes politiques à un affrontement de la bourgeoisie et du prolétariat contre toute évidence historique ?

Dans le livre III du Capital, Marx soutient qu’il y a au fond trois classes dans la société capitalistes, classe qui se différencient selon l’origine de leur revenu, les capitalistes (qui tirent leur revenu du profit), les propriétaires fonciers (qui tirent leur revenu de la rente foncière) et les prolétaires (qui tirent leur revenu de leur salaire). Il remarque cependant que cette structure de classe n’existe nulle part dans sa pureté. La division de la société capitaliste en trois classes n’est donc en rien conforme à ce qu’on peut observer dans la réalité sociale parce qu’il existe des couches intermédiaires entre ces classes, plus précisément, il existe notamment entre la classe capitaliste et la classe prolétarienne une classe moyenne non négligeable (20% de la population anglaise en 1867, 55% en 1931). Marx affirme cependant que l’existence de cette classe moyenne nombreuse doit être négligée. Pourquoi ? Parce que selon Marx, le développement du capitalisme doit amener la disparition de la classe moyenne comme il doit amener la disparition de la classe des propriétaires fonciers ne laissant plus subsister que deux classes, la classe capitaliste et la classe du prolétariat industriel en raison de la concentration du capital. Mais Marx n’observe nulle part cette disparition de la classe moyenne, il s’agit là d’une prophétie qui ne s’est en rien réalisée. Depuis 1867, pour s’en tenir à la Grande Bretagne, on remarque que la classe moyenne est passée de 20% de la population à 55% en 1931 et 30% en 1961. Plus grave encore est l’approche de l’histoire de la société en termes de luttes de classes. Dans des textes à vocation politique, Marx affirme que la lutte des classes est une constante historique des sociétés non primitives et qu’elle se termine soit par la disparition des classes opposées, soit par la victoire d’une classe sur une autre. Ainsi dans l’Antiquité, il y aurait deux classes en luttes l’une contre l’autre, les citoyens libres et les esclaves, au Moyen-Âge, les seigneurs et les serfs, à l’époque moderne, les bourgeois et les prolétaires. Cette lutte des classes serait une lutte d’une classe dominée et exploitée contre une classe dominante et exploiteuse, la domination fondamentale étant une domination économique qui se traduirait par une domination politique. Cette présentation de la lutte des classes n’est en rien conforme au concept de classe accomplie présentée par Marx. Les esclaves antiques n’ont pas lutté politiquement contre les citoyens libres dans la Cité antique (à part la révolte de Spartacus à Rome), les serfs n’ont pas lutté politiquement contre les seigneurs d’autant plus que ni les esclaves ni les serfs ne formaient une classe organisée politiquement. La seule lutte politique qui puisse apparaître plus ou moins comme une lutte de classes Marx l’a lit chez les historiens français, c’est celle de la bourgeoisie contre la noblesse, mais il ne s’agit en rien de la lutte d’une classe exploitée et économiquement dominée contre une classe exploiteuse et économiquement dominante car c’était la bourgeoise qui était économiquement dominante, non la noblesse. Lorsque Marx déclare que la lutte des classes dans la société bourgeoise est celle de la classe capitaliste et de la classe prolétarienne, qui devrait selon ses prophéties se terminer par la victoire du prolétariat, il fait un parallèle entre la victoire réelle de la bourgeoisie sur la noblesse et la victoire présumée du prolétariat sur la bourgeoisie qui curieusement ne tient pas du tout compte de leur pouvoir économique. En effet, la victoire politique de la bourgeoisie sur la noblesse était indissociable du pouvoir économique réel qu’elle détenait déjà alors que les prolétaires dans la société capitaliste n’ont pas de pouvoir économique réel. La bourgeoisie victorieuse était déjà maîtresse des forces de production modernes, le prolétariat ne l’est en rien. C’est donc encore l’histoire de la bourgeoisie qui fournit à Marx les concepts de classe et de lutte des classes qu’il étend de manière anachronique à toute époque. C’est pourquoi Marx en vient à confondre statut, castes, ordre et classe alors même qu’il connaît la différence qui existe entre ces divisions sociales.

François Loiret, Strasbourg-Colmar, 2011, tous droits réservés.

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