• François Loiret

Le Tétragramme, nom le plus propre de Dieu.



Le nom le plus propre de Dieu n’est pas le nom « Celui qui est » soutient Thomas d’Aquin, mais le Tétragramme : « Encore plus propre est le Tétragramme, employé pour signifier la substance divine selon qu’elle est incommunicable et, si l’on peut parler ainsi, singulière ». Contrairement à ce que soutient Jean-Luc Marion dans sa dernière édition de Dieu sans l’être, le nom « Celui qui est » ne l’emporte pas sur les autres noms en raison de son incommunicabilité, bien au contraire, il est et demeure dans l’horizon de la communicabilité et en ce sens « l’exception métaphysique » de Dieu chez Thomas d’Aquin ne réside pas du tout dans le Qui est, mais bien dans le Tétragramme. En effet l’incommunicabilité que Jean-Luc Marion attribue curieusement au Qui est, est attribuée de manière explicite et tout à fait compréhensible par Thomas d’Aquin au Tétragramme ! Le Tétragramme est le nom qui plus que tout autre nom, y compris l’être, convient le mieux à Dieu, puisqu’il est le nom ineffable et que comme tel, il peut seul vraiment nommer Dieu en soi dans sa singularité. Avec l’être, la singularité de Dieu n’est en aucune manière énoncée et pensée. C’est seulement avec le Tétragramme que l’inadéquation la plus complète de la langue humaine à dire Dieu, soutenue par Jean de Damas, est affirmée. Comme le souligne Sertillange dans La Philosophie de Saint Thomas d’Aquin, « Si le mot être, appliqué à Dieu, possède quelques avantages sur les autres, en ce qu’il n’exprime aucune essence, en ce qu’il est indéterminé et peut donc mieux rappeler le pelagus substantiae infinitum et indeterminatum de Damascène, toujours est-il que sa supériorité est toute relative ; la critique faite des mots humains s’applique à lui d’une façon à peine atténuée ». Le nom Qui est, ou le nom d’esse, quelques précautions que l’on prenne, demeure un nom pour nous, même s’il est censé signifier Dieu en soi. Il est difficile de soutenir que l’esse puisse correspondre à une forme du Dieu sans l’être chère à Jean-Luc Marion. Certes, « l’esse assigné à Dieu s’excepte de l’être commun et créé, donc de ce que nous comprenons et connaissons sous le titre d’être » comme le dit Jean Luc Marion, mais cela n’implique pas du tout que cette assignation de l’esse à Dieu ne s’inscrive pas dans l’horizon de l’être. Plus encore, que Dieu comme esse ne soit pas sujet de la métaphysique, mais principe de l’esse commune comme sujet premier de la métaphysique, ne l’excepte pas d’une détermination métaphysique de l’être, car une chose est la métaphysique au sens scolaire, une autre chose est la métaphysique au sens du destin de l’être entendu par Heidegger. Le repli constant de la première entente de la métaphysique sur la seconde entente chez les commentateurs, et Marion n’échappe pas à ce reproche, conduit à de regrettables confusions. Toujours est-il pour Thomas d’Aquin, le nom le plus haut de Dieu est celui qui le nomme comme se réservant dans son inaccessibilité pure. En ce sens, la voie négative chez Thomas d’Aquin est bien plus une voie négative au sens de Damascène bien plus qu’au sens de Denys.

François Loiret, Colmar-Köln, 2010, tous droits réservés.

#ThomasdAquin

ME SUIVRE

  • Facebook Classic
  • Google+ Social Icon
  • LinkedIn Social Icon

© 2015 par François Loiret

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now