• François Loiret

L'inévidence de la société.



1 Qu’il est risqué de parler de LA société.

Rien de plus banal que la société. Elle se présente couramment comme une évidence qui crève les yeux. En effet, il semble évident que tous les êtres humains vivent en société, qu’ils ont toujours vécu en société et y vivront toujours. La société se présente ordinairement comme un universel de la condition humaine. Toutefois, on pourrait relever que la société n’est en rien propre aux êtres humains, qu’il existe bien des animaux sociaux, des sociétés animales. Or s’il existe des animaux en société, c’est qu’il en existe qui ne sont pas en société. Qu’est-ce alors qu’être en société ? Suffit-il de vivre en groupe de manière permanente pour vivre en société ? Un banc de poissons constitue-t-il une société ? De telles questions nous précipitent d’emblée dans des abîmes. Si nous vivons en société, qu’est-ce donc que vivre en société ? Qu’est-ce que la société ?

Le plus souvent la question : qu’est-ce que la société est évitée, surtout dans la science qui se veut celle de la société, la sociologie. La sociologie, née au XIXème siècle, nous parle de « faits sociaux », de « phénomènes sociaux », de « luttes sociales », de « structures sociales », mais elle laisse le plus souvent dans l’ombre, à de rares exceptions près (comme Ferdinand Tönnies 1855-1936) la question de savoir ce qu’est la société. Et pourtant négliger de préciser de quoi nous parlons lorsque nous parlons de société, lorsque la science parle de société, est risqué, comme l’explique Raymond Aron dans Les Etapes de la pensée sociologique lorsqu’il déclare :

« Il n’y a pas la société, il n’y a pas une société, il y a des groupements humains. Tant que l’on ne précise pas à quels groupements humains s’applique le concept de société, on demeure dans une équivoque dangereuse » p. 395.

L’équivoque dangereuse consiste à poser qu’il y a une entité supérieure à nous, qui nous domine, nous détermine, voire nous manipule dans notre dos et qui serait comme on le dit souvent LA société. L’adolescent rebelle accuse LA société de tous les maux, il refuse le « conditionnement de LA société ». A quoi certains sociologues, pas tous, pourraient lui répondre qu’il est conditionné socialement à se rebeller par LA société ou du moins que sa rébellion ne fait que traduire des forces sociales qui le dominent quoiqu’il veuille. Mais ici l’adolescent comme le sociologue hypostasient la société, ils en font une entité suprême qui contient tout, qui domine tout et qui, pour le sociologue, explique tout. C’est cette forme d’absolutisation de la société, qui a ses racines dans la sociologie elle-même, dans une certaine sociologie, que Raymond Aron considère comme à la fois dangereuse et stérile. Or cette absolutisation de la société est indissociable de l’affirmation de son existence indiscutable et universelle.

L’absolutisation de la société n’est pas seulement le fait des adolescents rebelles, elle est très répandue parmi nous. Des phrases comme « c’est la faute de la société », « la société veut que », sont d’une grande banalité. Dans les conversations courantes, dans les communications journalistiques, et même dans les ouvrages de sociologie, la société a l’air d’être partout. Elle semble avoir les attributs du Dieu de la théologie chrétienne : omniprésence, omniscience, toute puissance. Celui qui croit en savoir plus que tous les autres dit d’un air inspiré : « tout est social », ce qui évite de se demander sérieusement ce qui est social et ce qui ne l’est pas. S’il est plus au fait des dernières modes, il lancera : « tout est une construction sociale ». Ainsi le sexe est une construction sociale, les trajectoires scolaires sont des constructions sociales, les goûts, les dégoûts, les désirs, les émotions, le sont aussi comme le sont aussi le droit, la religion, l’Etat. Cette dilution du social partout qui aboutit à la prétention de tout expliquer par la société constitue ainsi la société en racine de tout. La société prend alors la place de Dieu ou plus exactement le sociologue peut croire qu’il est à la place de Dieu et que sa science est la science supérieure qui explique tout et qui a réponse à tout comme le montre le cas de Pierre Bourdieu.

La société est-elle l’englobant suprême qui enveloppe tout de la famille à l’Etat ? La famille, le droit, l’Etat sont-ils des institutions « sociales » ? Ou faut-il différencier la forme de groupement qu’est la société d’autres formes de groupements comme les groupes familiaux, économiques, politiques, religieux ? La société est-elle le tout ou seulement une réalité intermédiaire dépassée par d’autres réalités ? Tout est-il social ou y-a-t-il du social et du non social ?

2 Ce qui fait question à propos de la société.

Généralement, lorsqu’on parle de la société, on affirme qu’elle la forme que prend la coexistence des hommes (ce qui laisse dans l’indéterminé alors les formes de la coexistence animale car il n’y a pas que les hommes qui coexistent). On dit aussi qu’elle est la forme que prend le vivre ensemble des hommes comme si coexister et vivre ensemble était la même chose. Or ce qui passe pour aller si aisément de soi, à savoir que la société est la forme de la coexistence humaine, ne va pas du tout de soi. Peut-on affirmer que toute coexistence humaine est sociale ? En d’autres termes, peut-on affirmer comme on le fait souvent que la relation des hommes aux hommes est une relation sociale ? N’y aurait-il pas des relations entre les êtres humains qui ne seraient pas sociales ? Ainsi peut-on dire que les relations familiales, les relations amicales, les relations professionnelles, les relations politiques, les relations économiques, les relations religieuses sont des relations sociales ? Il y a deux façons courantes de se sortir de cette difficulté qui sont les suivantes. La première consiste à dire que la société est le tout dans lequel dans lequel vivent les hommes par conséquent toutes les relations qu’ils ont dans ce tout sont des relations sociales. Or cela ne va pas de soi. On peut en effet soutenir d’une part qu’il peut exister d’autres totalités que la société, comme l’Etat, l’économie, la religion. On peut soutenir d’autre part que si la famille, les amis, les partenaires appartiennent bien à la société, cela n’implique en rien que les relations qui se nouent ici soient nécessairement des relations sociales : en d’autres termes ce qui vaut pour le tout ne vaut pas nécessairement pour la partie. C’est pourquoi la seconde manière de s’en sortir, qui se veut plus subtile, consiste à dire que si toutes les relations que nouent les êtres humains ne sont pas sociales, elles ont néanmoins toutes une « dimension sociale ». Ainsi les relations amoureuses, familiales, amicales, religieuses, politiques, économiques auraient une dimension sociale comme en auraient aussi celles de professeur à élève, de maître à disciples, d’écrivains à ses lecteurs etc…Mais en quoi consiste justement la dimension « sociale » d’une relation ? Qu’est-ce qui ferait d’une relation amoureuse par exemple une relation « sociale » ? La réponse la plus facile consisterait à dire que les relations amoureuses sont « socialement déterminées » ou « socialement conditionnées » par l’appartenance à des « classes sociales ». Or une telle réponse pose comme allant de soi ce qui justement ne va pas de soi, à savoir quels sont les éléments de la société.

Nous venons de voir que la première difficulté qui se pose est celle de déterminer en quoi une relation est « sociale ». Cette difficulté en pose tout de suite une seconde, celle d’identifier quels sont les éléments de la société. Une réponse facile consiste à dire que les éléments de la société sont les individus. Le problème que pose d’abord cette affirmation est celle de savoir ce qu’elle dit. Dire en effet qu’un individu humain est un atome social, à savoir l’élément dernier que l’on atteint lorsqu’on divise la société, ce n’est pas dire grand-chose. En outre, se pose aussi la question de savoir si nous sommes seulement des individus. Etre membre d’un couple, d’une famille, d’un Etat, d’une religion, est-ce être un individu ? Le second problème qui se pose, c’est que les éléments de la société ne sont pas toujours identifiés à l’individu. En effet, on parle aussi en sociologie de « classes sociales », de « groupes sociaux », de « champs sociaux », etc. Qu’est-ce qui est alors pertinent : l’individu ou la classe, l’individu ou le groupe ? Plus gravement encore, qu’est-ce qui fait d’un groupe un groupe « social » ? En quoi par exemple, les agriculteurs, les protestants, les homosexuels, les vieux sont-ils des « groupes sociaux » ? En ce qu’ils agissent dans la société ? Mais qu’est-ce qu’une action « sociale » ?

La seconde difficulté nous amène tout de suite à une troisième. Identifier les éléments de la société ne va pas de soi. Quels seront les critères pour les déterminer ? Mais identifier les acteurs de la vie en société ne va non plus de soi. Là encore, une réponse est à portée de la main : les acteurs de la société sont les individus. Si les seuls acteurs pertinents de la vie sociale sont les individus, la vie sociale n’est que la résultante de leurs actions. A cette réponse, s’oppose celle qui voudrait que l’action en société ne peut pas se comprendre à partir de la partie supposée être l’individu, mais à partir du tout qu’est la société. Dans ce cas, les individus seraient agis par la société conçue comme le tout. Dans la première perspective, le plus réel, ce sont les individus, dans la seconde perspective, le plus réel, c’est la société. On assiste ici à l’alternative entre ce que le sociologue Louis Dumont a nommé l’individualisme et le holisme. Dans la perspective holiste, le tout a la priorité sur les parties censées être les individus, dans la perspective individualiste, les individus ont la priorité sur le tout. Dans la première perspective, le tout qu’est la société agit sur les individus, les contraint, les conditionne, les détermine, voire les manipule. Dans la seconde, le tout qu’est la société n’est que la résultante des actions des individus. Comme cette alternative paraît trop tranchée, on envisage souvent une sorte de compromis qui consiste à dire que certes, ce sont bien des individus qui agissent, mais ces individus sont en même temps agis par la société ou encore par des forces sociales, ou encore dans un contexte social qui s’impose à eux. Ce qui revient à dire que la société agit sur elle-même par l’intermédiaire des individus ! Les agissants pourraient être alors des forces sociales cachées dont les individus n’auraient aucune connaissance et qu’il s’agirait de démasquer. L’approche de la société se mue alors en théorie du complot. L’identification des acteurs de la vie sociale ne va pas de soi : qui sont-ils, les individus, les classes sociales, les groupes sociaux, les forces sociales cachées, la société elle-même ? Se pourrait-il que les acteurs ne soient pas sociaux ni même humains ? Par exemple, lorsqu’on envisage les facteurs technologiques dans la vie sociale, n’oublie-t-on pas qu’il s’agit là de médiateurs non humains de la vie sociale même s’ils peuvent être produits par l’activité humaine ?

Enfin un dernier problème se pose qui les résume tous, celui de savoir où commence et où finit la société. La société, selon certains sociologues, englobe tout et pourtant on distingue bien la société de l’économie, de la politique, de la religion, des sciences etc. Il existe bien un savoir spécifique portant sur l’économie, la science économique, un savoir spécifique portant sur la politique, la science politique. En d’autres termes, il existe bien de l’économique, du politique, du religieux, du psychologique, du scientifique etc. Dans ces conditions qu’est-ce que le social ? Ne serait-ce pas ce qui reste quand on a écarté le psychologique, l’économique, le politique, le religieux, le métaphysique ? Mais alors qu’est-ce qui reste ? La réponse dominante consiste à dire que ce qui reste, c’est le social. Mais en quoi consiste le social ? Prétendre en effet que le social réside dans ce qui lie les hommes peut être bien trompeur. Pourquoi ? Parce que les hommes peuvent être liés de multiples façons. La politique lie les hommes à sa façon, l’économie lie aussi les hommes à sa façon, la religion lie encore les hommes à sa façon, le droit également lie les hommes à sa façon. De quelle manière le social lie-t-il alors les hommes ? On suppose trop souvent que tous les liens aussi distincts soient-ils ne seraient au fond que des liens sociaux. C’est-à-dire que l’on suppose trop souvent que le résidu nommé social serait ce qui fait tout tenir ensemble. Mais en même temps, on est le plus souvent incapable de déterminer rigoureusement cette colle sociale universelle.

Si le social est au fond ce qui reste, ne serait-il pas rien ? Plus encore, la société est-elle vraiment ce fait universel, incontestable, indubitable qui serait le dernier mot sur la coexistence des hommes ? Est-il si évident qu’il y ait de la société et du social ?

La société apparaît trop souvent comme une réponse à tout. Tout s’explique par le social prétend-on parce que le social fait tout tenir d’autant plus que la société est le tout. La politique, l’économie, le droit, la religion, l’art, l’amour, etc. s’expliqueraient par le social. Mais le social lui-même par quoi s’expliquerait-il ? Par le social ? Or nous avons vu que la société et le social sont plus problématiques qu’il n’y paraît. D’abord, la société est loin de pouvoir être le tout à elle seule, l’Etat, la religion peuvent également prétendre à la totalité. Ensuite, nous avons vu que l’identification des éléments et des acteurs de la société n’allait pas de soi. Enfin nous avons vu qu’il n’est pas du tout évident que les relations entre les hommes soient des relations sociales ou encore des relations qui ont une « dimension sociale » dont on ne sait déterminer en quoi elle réside. Nous allons voir maintenant que la société est loin d’avoir toujours nommé le tout englobant les hommes ou la forme que prend toute coexistence humaine comme l’atteste l’histoire du mot « société » dans la langue française.

3 L’histoire du mot société comme manifestation de l’inévidence de l’existence universelle de la société.

Le mot « société » vient du latin classique « societas » qui n’a jamais signifié « société ». Societas signifiait : compagnie, association, alliance. Chez les Romains, les peuples ou cités alliées formaient avec eux une societas. Societas dérive de socius qui signifiait : celui qui va avec, le compagnon, l’associé, l’allié. De la même famille sont le verbe sociare : allier, mettre ensemble, l’adjectif socialis qui signifiait dans le latin classique : qui concerne les alliés et dans le latin impérial : conjugal, l’adjectif sociabilis du latin impérial : qui peut être uni. Dans la constellation latine, ce qui domine, c’est l’alliance comprise d’abord comme alliance entre peuples et cités, comme alliance politique.

C’est au XIIe siècle que le mot société est attesté en français sous la forme « soistié » et il signifie : compagnie. Au XIVe siècle, « société » a la signification de compagnie, d’alliance, d’union et l’expression « vie sociale » a la signification de vie civile, c’est-à-dire de vie propre au citoyen et ce jusqu’au XVIIe. Au XVIe siècle, le mot « société » signifie aussi et surtout les relations d’amitié. A cette époque, « socialement » signifie : amicalement et une personne « sociale » est une personne agréable aux autres. Le mot société a une dimension affective dans la mesure où il signifie le sentiment d’amitié et d’alliance éprouvé pour quelqu’un. En 1668, « faire société » a le sens de : se réunir entre amis. Au XVIIe, le mot « société » apparaît dans le vocabulaire du droit commercial et signifie : association de personnes propriétaires d’un patrimoine qui réalise des opérations communes à but lucratif (1635). C’est seulement à la fin du XVIIe siècle (1694) que le mot société prend la signification de : « ensemble des individus entre lesquels existent des rapports durables et organisés ». Au milieu du XVIIIe (1740), « social » prend la signification de : ce qui est propre à la vie humaine dans son aspect collectif, et à la fin du XVIIIe (1767), « socialement » prend la signification de : relativement à la société, à l’ordre social, en même temps qu’apparaissent les mots « socialiser » (1786) au sens de : rendre social et « antisocial » (1776) au sens de : contraire au bien de la société. Le XIXe siècle voit l’apparition des expressions « fait social », « phénomène social » (1830), « question sociale », mouvement social » (1834), « classe sociale » (1844), « révolution sociale », « république sociale » (1848). Enfin le XXe ajoute « asocial » (1912) : inadapté à la vie sociale et « socialisation » au sens de : adaptation d’une personne à la vie en groupe (1950).

Cette enquête rapide sur le mot « société » et sa famille montre que du XIIe jusqu’à la fin du XVIIe ce mot n’a jamais signifié ce que nous nommons couramment « société ». On s’aperçoit que notre vocabulaire courant sur la société ne se constitue fondamentalement qu’au XVIIIe et au XIXè siècle et que ce vocabulaire est d’abord un vocabulaire savant ou idéologique. Ce que le XXè ajoutera, ce seront surtout des vocables issus de la sociologie. Alors qu’il nous semble évident de nommer « société » le tout dans lequel nous vivons, cette évidence ne s’impose que bien tardivement. Un français du XVIe et même de 1650 n’avait pas du tout la certitude de vivre dans une société, d’appartenir à cette grosse entité réputée omniprésente, omnisciente et toute puissante que nous nommons « société ». C’est seulement au XIXe que s’imposera cette certitude.

On pourrait objecter à cela qu’existait en latin l’expression « societas civilis », « société civile » qui n’apparaît qu’une seule fois dans l’œuvre de Cicéron. Or l’expression societas civilis, rare chez les Romains, mais fréquente chez les modernes a le sens de : corps politique. C’est en ce sens que Thomas d’Aquin, Locke et Rousseau entendent l’expression « société civile ». Or aujourd’hui, tant dans la langue courante que dans la langue savante, le mot « société » ne signifie pas du tout le corps politique que nous nommons couramment « Etat ». Il signifie une entité non politique. Par contre, contrairement à ce que semble croire le sociologue Durkheim, le contrat social de Rousseau n’a rien à voir avec la société comme réalité sociale, infrapolitique, il ne constitue pas la société, il constitue le corps politique ou Etat. L’ouvrage de Rousseau, Du Contrat social, a pour sous titre : Principes du Droit politique. L’expression « contrat social » chez Rousseau signifie conformément au latin : contrat d’association et l’association dont il s’agit ici est l’association politique. Le contrat social n’est pas le contrat qui fonde l’association des hommes en société, mais l’association des hommes en un Etat. Lorsque Rousseau comme Hobbes et Locke distingue l’état civil de l’état naturel, il entend par « état civil », la situation des hommes en tant que membres d’une communauté politique, en tant que citoyens et non la situation des hommes en tant que membres d’une société. Il faut attendre la fin du XVIIIe et le début du XIXe pour que quelque chose comme la société apparaisse, distinct du gouvernement ou de l’Etat. Ainsi c’est chez Hegel qu’est posé le problème de l’articulation de la société et de l’Etat, et c’est, avant lui, chez Hume, Smith, Ferguson qu’est posé le problème du rapport de la société et du gouvernement.

Il importe de ne pas confondre la question de la société avec la question de la communauté politique. Les auteurs antiques, médiévaux et modernes jusqu’au début du XVIIIe n’envisageaient pas du tout la question de la société, il ne débattait pas de « questions sociales », ils ne prétendaient pas expliquer des « phénomènes sociaux ». Ni le zoon politikon d’Aristote, ni l’animal sociable de Cicéron ou de Thomas d’Aquin, ni le membre de la société civile de Locke et de Rousseau ne sont des entités sociales, ce sont des entités politiques. Se réclamer d’Aristote, de Thomas d’Aquin, de Locke pour parler de la société, c’est entretenir une confusion constante et regrettable entre la question politique et la question de la société.

Contrairement à ce que laissent croire ces confusions, la société n’est pas un problème que se sont toujours posé les hommes. Elle n’est pas une question aussi ancienne que celle de la coexistence humaine. En d’autres termes, il n’est ni évident, ni universel que toute coexistence humaine soit une coexistence sociale. Il n’est pas évident que le lien entre les êtres humains soit un lien social. Ce sont nos évidences, mais il s’agit là d’évidences fragiles. Dans la philosophie et la sociologie les plus récentes, chez Sloterdijk (Ecumes) et chez Latour (Changer de société, refaire de la sociologie), l’idée que la société existe et qu’elle nomme toute forme de coexistence humaine ou du moins la forme globale de la coexistence humaine est interrogée dans ses limites et ses insuffisances. Il faudrait tenir compte de cette interrogation.

François Loiret, Strasbourg-Colmar, 2011, tous droits réservés.

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