• François Loiret

Patrie et nation dans la pensée de Rousseau.



La patrie peut apparaître aujourd’hui comme une réalité qui appartient au passé, ce que conteste le républicanisme contemporain qui soutient que seule la patrie peut constituer une réalité politique commune et même une réalité politique tout court face à la désagrégation qu’impliqueraient ce que l’on nomme trop rapidement le « libéralisme » et le communautarisme d’une part et face à la menace qu’impliquerait le nationalisme d’autre part.

Entre libéralisme, communautarisme et nationalisme, la patrie serait la seule voie praticable pour que puisse exister une communauté politique qui soit une communauté de citoyens actifs. En ce sens, il conviendrait de distinguer soigneusement patriotisme et nationalisme comme y invite par exemple Maurizio Viroli dans For Love of Country. Toutefois Viroli a l’honnêteté de reconnaître que cette distinction n’est en rien évidente et que les tentatives de différencier patriotisme et nationalisme échouent bien souvent. Ainsi dans ses Notes sur le nationalisme, Georges Orwell soutenait que ce qui peut différencier le patriotisme du nationalisme, c’est que le patriotisme est défensif alors que le nationalisme est offensif et inséparable du désir de pouvoir. Sans le savoir, Orwell reprenait une conception de la patria que nous devons avant tout aux juristes médiévaux pour lesquels aimer la patrie et mourir pour elle, c’est avant tout défendre la communauté et non se lancer dans des guerres de conquêt. Or une étude précise des discours sur la patrie depuis l’époque romaine montre qu’il n’est en rien évident que le patriotisme ne soit pas offensif. Chez Cicéron étendre l’imperium fait partie des devoirs du citoyen. Plus gravement encore, chez Machiavel le patriotisme républicain est explicitement offensif : la guerre patriotique n’est en rien présentée comme une guerre de défense, elle est aussi une guerre de conquête. D’autres tentatives de démarcation du patriotisme et du nationalisme insistent sur la dimension de l’ethnicité absente du patriotisme et présente dans le nationalisme. Ces tentatives sont aussi vouées à l’échec puisque la nation n’est pas nécessairement une communauté ethnique et que le nationalisme n’est pas nécessairement la promotion d’une ethnie. La tentative de Maurizio Viroli qui se réclame du républicanisme n’est pas plus convaincante. Il écrit en effet :

“ However, in spite of all the similarities and nuances, one can identify a language of patriotism that has been a language of common liberty, which is substantially different from the nationalist language of oneness, uniqueness, and homogeneity” (For love of Country, p.2).

Selon Viroli, la patrie serait au fond une communauté ouverte alors que la nation serait une communauté fermée. La première cultiverait la liberté politique indépendamment de toute appartenance ethnique, religieuse et culturelle, et au-dessus de toutes ces appartenances alors que la seconde cultiverait avant tout une appartenance culturelle, historique, linguistique unique qu’il s’agirait de protéger et de défendre contre toute pénétration étrangère. En même temps, discutant le concept de patriotisme constitutionnel avancé par Habermas qui dissocie complètement patrie et nation, Viroli soutient qu’un patriotisme qui ne serait qu’adhésion aux valeurs dites universelles de la démocratie ne serait qu’une abstraction et donc du même coup une irréalité constamment démentie. Un patriotisme réel suppose, soutient-il, non l’attachement à des abstractions, mais l’attachement à un mode de vie informé par les principes de liberté et de justice, c’est-à-dire un attachement non aux concepts purs de liberté et de justice, mais à une liberté et à une justice qui est une partie de la culture de la communauté et qui est en relation avec une mémoire et une histoire particulière :

« Political values of democratic citizenship that citizens share are not universalistic constructions of an impersonal reason, but are or are perceived and lived as cultural values. They are not attached to an abstract liberty or an abstract justice, but to a way of life informed by those principles. They are attached to a liberty and a justice that is part of their culture, that has for them a particular color that is connected with particular memories and particular histories”, (For Love of Country, p.175).

Au fond un patriotisme réel ne serait donc pas dissociable d’un mode de vie, d’une culture, d’une histoire et l’amour de la liberté qui le définit ne serait pas l’amour d’une idée universelle et abstraite de la liberté ne devant rien à l’histoire et à la culture de la communauté, mais l’amour d’une liberté concrète enracinée dans la culture et l’histoire de la communauté. Cela suppose donc que la culture et l’histoire de la communauté soient partagées par tous les citoyens et du même coup il s’agit bien au fond d’une culture et d’une histoire unique. En ce sens, la tentative de Viroli pour distinguer patriotisme et nationalisme est encore vouée à l’échec. Elle l’est d’autant plus qu’elle repose sur l’idée qu’au fond le nationalisme pourrait être enfermé dans une seule définition, alors qu’il existe une pluralité de formes du nationalisme comme il existe une pluralité de compréhensions de la nation.

En tentant de distinguer patriotisme et nationalisme, Viroli cherche à déployer une forme de patriotisme adapté à notre temps. Ce serait un patriotisme nettoyé de tout héroïsme, de tout sacrifice, de toute gloire, de toute ferveur nationale, de toute affirmation de la supériorité de la vie publique sur la vie privée. Ce serait au fond un patriotisme doux compatible avec l’importance de la vie privée. Il consisterait à lutter contre les injustices et les discriminations, à se dresser contre la corruption. Dans un tel patriotisme, l’amour de la patrie serait identifié à l’amour de la liberté et cet amour de la liberté emprunterait les voies bien connues d’une mobilisation morale sans risque et sans danger, celle de l’urbain contemporain (on peut regretter à cet égard que l’antienne de Viroli selon laquelle aimer la patrie, c’est aimer la liberté demeure bien vague quant à cette liberté comme si depuis Cicéron, il s’agissait toujours de la même chose). Combattre pour la patrie serait un fardeau somme toute assez léger tout à fait conciliable avec la poursuite de la vie privée :

« The virtuous citizen goes to the public square or the meeting romm when he or she has to, but then he or she goes back home, or to his shop, or to join his friends » (For Love of Country, p.185).

Lutter pour la patrie dans des Etats pacifiés et pacifiques ne serait rien d’autre que lutter contre les injustices et les discriminations en participant à des manifestations et à des meetings. Nous avons presque l’impression que le combat pour la patrie consisterait somme toute à occuper la Place de la République en se mobilisant pour de « bonnes causes » comme la lutte contre les injustices (lesquelles ? On ne sait pas), les discriminations, la corruption. Certes, l’avantage d’un tel patriotisme doux, pacifique, moral, serait qu’il évite toute proximité avec le nationalisme que Viroli comprend de manière univoque. Aussi n’est-il pas étonnant que relisant les auteurs qui ont contribué au renouveau du patriotisme depuis le XVème siècle – et faisant complètement l’impasse sur les textes officiels médiévaux où intervient de manière insistante le mot patrie- Viroli tente par tous les moyens de minimiser les références à la nation dans les textes de Rousseau. Puisque selon sa lecture, le nationalisme serait un héritage avant tout herderien et fichtéen, ce qui conduit à tenir dans la méconnaissance le nationalisme anglais du XVIIème qui était d’ailleurs peu dissociable du républicanisme- il ne peut être question d’un recours significatif à la nation chez Rousseau. Pour Viroli, ce n’est pas un hasard si les textes dans lesquels Rousseau parle du national et de la nation sont le Projet de constitution pour la Corse et les Considérations sur le gouvernement de Pologne : il s’agit là de peuples non libres, menacés, dominés, qui ne pouvant être politiquement libres devaient s’assurer d’être spirituellement libres en protégeant leur unité culturelle afin de pouvoir constituer à l’avenir un peuple politiquement libre. Le national ne serait au fond qu’un moment temporaire qui devrait devenir tout à fait secondaire lorsque la liberté politique serait enfin gagnée. Mais est-ce vraiment ce que soutient Rousseau ? Si nous relisons attentivement les textes de Rousseau, la distinction avancée par Viroli entre patriotisme et nationalisme risque bien de s’effondrer complètement.

Viroli méconnaît que le vocable de nation devient chez les magistrats français un vocable politique de premier plan pour contester l’absolutisme royal bien avant 1789 et ces mêmes magistrats envisagent même l’existence d’un contrat unissant la nation à son roi. Il n’est donc pas étonnant que dans les années 1760 ce vocable se retrouve dans les textes de Rousseau comme un vocable politique et ce dès la première version du Contrat social : « Il n’est pas douteux, non plus, que dans le cas supposé, les volontés Publiques du Prince légitime n’obligent les particuliers aussi longtemps que la Nation pouvant s’assembler et s’y opposer sans obstacle, ne donne aucune signe de désaveu », (Œuvres politiques, p.316). Le républicanisme contemporain qui se réclame de Rousseau et qui tout en privilégiant la patrie cherche à éviter et la nation et le national se trouve ici devant une difficulté majeure. Rousseau soutient explicitement en effet qu’il ne peut y avoir de patrie là où il n’y a pas de nation. Il le montre notamment dans les textes cités par Viroli, le Projet de constitution pour la Corse (1765) et dans les Considérations sur le gouvernement de Pologne (1771). Dans le premier texte, Rousseau va jusqu’à envisager le contrat fondateur comme un contrat passé avec la nation et le citoyen est tenu par ce contrat de vivre et de mourir pour la nation :

« Au nom de Dieu tout puissant et sur les sains Evangiles par un serment sacré et irrévocable je m’unis de corps, de biens, de volonté et de toute ma puissance à la nation corse pour lui appartenir en toute propriété, moi et tout ce qui dépend de moi. Je jure de vivre et de mourir pour elle, d’observer toutes ses lois et d’obéir à ses chefs et magistrats légitimes en tout ce qui sera conforme aux lois » p.943.

Il déclare aussi :

« Tout peuple a ou doit avoir un caractère national et s’il en manquait il faudrait commencer par le lui donner », p.913.

Dans le second texte, l’exigence de la nation est beaucoup plus développée :

« Ce sont les institutions nationales qui forment le génie, le caractère, les goûts, et les mœurs d’un peuple, qui le font être lui et non pas un autre, qui lui inspirent cet ardent amour de la patrie fondé sur des habitudes impossible à déraciner, qui le font mourir d’ennui chez les autres peuples au sein des délices dont il est privé dans le sien […] Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais même, il n’y a que des Européens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs, parce qu’aucun n’a reçu de forme nationale par une institution particulière. Tous dans les mêmes circonstances feront les mêmes choses ; tous se diront désintéressés et seront fripons ; tous parleront du bien public et ne penseront qu’à eux-mêmes ; tous vanteront la médiocrité et voudront être des Crésus ; ils n’ont d’ambition que pour le luxe, ils n’ont de passion que celle de l’or », p.961.

S’adressant aux Polonais, Rousseau les exhorte à être des Polonais et non des Européens car être un Européen tel que l’entend ici Rousseau, c’est n’être pas un citoyen, c’est ne pas avoir de patrie, c’est ne pas vivre dans un Etat libre où la liberté est la liberté politique, c’est être sans aucune vertu civique, c’est au fond n’être rien ou presque. Des peuples dépourvus de caractère national sont donc sans patrie et du même coup ne sont pas des peuples libres. Ce qui est implicitement visé ici, c’est le cosmopolitisme propre aux couches supérieures et cultivées et promu par de nombreux auteurs du XVIIIème comme Voltaire. Un peuple libre vivant dans un Etat libre, une République – république ne signifiant pas pour Rousseau un type de régime politique mais la communauté politique dans son essence comme communauté de citoyens actifs (une république peut être aussi bien démocratique qu’aristocratique que monarchique, elle ne peut pas être despotique) est un peuple qui a reçu une forme nationale. Or la forme nationale est exclusive et en même temps assure un certain degré d’homogénéité. Être polonais précise en effet Rousseau, c’est ne pas se fondre avec un autre peuple, ne pas emprunter les usages, la langue, les manières d’un autre peuple. Il convient, va-t-il jusqu’à dire, que les Polonais ne s’habillent pas comme les Français et les autres peuples, que tout dans leurs manières de vivre et leurs mœurs les distinguent des autres peuples. Mais comment amener les Polonais à être ou à demeurer des Polonais ? La question posée suppose qu’être polonais n’est en rien affaire de nature et d’ethnicité. On ne naît pas polonais au sens politique. La réponse que donne Rousseau à cette question est l’éducation nationale qui, affirme-t-il, « n’appartient qu’aux hommes libres » (p.966), et il faut entendre ici par « hommes libres » les citoyens. L’éducation nationale a un programme très précis : elle vise à faire connaître et à faire aimer aux Polonais leur pays, sa géographie, son économie, son histoire, ses hommes illustres, les grands événements de leur passé pour autant qu’ils rappellent chez chacun d’entre eux la liberté politique. Elle vise aussi à faire naître et à entretenir la fierté d’être polonais, ce qu’il faut comprendre comme fierté d’appartenir à un peuple grand par sa liberté et non par ses conquêtes et à entretenir chez chaque Polonais l’amour des Polonais et de la Pologne. Elle vise au fond à faire acquérir si nécessaire ou à renforcer des mœurs nationales sans lesquelles aucune liberté politique n’est possible et sans lesquelles la patrie ne peut exister. Le national rassemble donc le géographique, l’historique, mais aussi les usages, les manières de vivre et surtout les mœurs. Les lois ne suffisent pas à faire une patrie, elles ont leurs conditions dans les mœurs. Rousseau va même jusqu’à soutenir que même si les lois sont mauvaises, ce qui importe c’est qu’il y avait avant tout de bons citoyens :

« Aimant la patrie, ils la serviront par zèle et de tout leur cœur. Avec ce seul sentiment, la législation fût-elle mauvaise, ferait de bons citoyens ; et il n’y a jamais que les bons citoyens qui fassent la force et la prospérité des Etats », (p.961).

Ce ne sont pas les lois qui font le bon citoyen, c’est le sentiment qu’est l’amour de la patrie et ce sentiment a pour conditions non les lois mais les mœurs. La nation a nécessairement une dimension homogénéisatrice : il n’y a pas pour Rousseau deux ou milles manières d’être polonais en un sens politique, il ne peut et il ne doit y avoir qu’une seule. L’unité et l’homogénéité des mœurs est le réquisit de l’existence réelle de la patrie, ce qui ne doit pas faire oublier que la patrie ne peut qu’être qu’une communauté civique libre. En ce sens, l’opposition établie par Viroli entre patrie et nation, patriotisme et nationalisme ne peut en rien se réclamer de Rousseau. Chez ce dernier la communauté politique n’existe comme patrie que dans une certaine fermeture, dans une distinction avec l’étranger. L’Emile le dit aussi clairement que les Considérations sur le Gouvernement de Pologne :

« Tout patriote est dur aux étrangers ; ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui on vit. Au dehors le Spartiate était ambitieux, avare, inique ; mais le désintéressement, l’équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins » p.249.

Au sens de Rousseau le cosmopolitisme de certains auteurs du XVIIIème est indissociable de l’absence de la patrie ou de sa négation et est politiquement irrecevable : le monde ne peut pas constituer une entité politique. En ce sens l’amour de l’étranger, du lointain est aussi au mieux l’indifférence envers le compatriote. La patrie demande un amour exclusif, un amour qui s’adresse par-dessus tout à elle et elle exige comme sa condition une exclusivité en matière de mœurs. Il est rigoureusement impossible que l’unité politique au sens le plus fort qui soit, c’est-à-dire l’unité d’une communauté active de citoyens, puisse tolérer la diversité des mœurs. Il est même impossible au sens de Rousseau qu’elle soit compatible avec l’Evangile car l’Evangile s’adresse à l’homme, elle ne s’adresse pas aux citoyens. C’est pourquoi les devoirs du citoyen ne sont pas identiques aux devoirs d’humanité enseignés par l’Evangile. Dans les Lettres écrites de la montagne, Rousseau s’écrie :

« Le patriotisme et l’humanité sont, par exemple, deux vertus incompatibles dans leur énergie, et surtout chez un peuple entier. Le Législateur qui les voudra toutes deux n’obtiendra ni l’une ni l’autre ; cet accord ne s’est jamais vu ; il ne se verra jamais, parce qu’il est contraire à la nature, et qu’on ne peut donner deux objets à la même passion », p.706.

Dans ce passage Rousseau n’évoque en rien les risques du patriotisme, la haine de l’étranger, le bellicisme, contrairement à ce que prétendent des commentateurs des Principes du droit de la guerre (édité chez Vrin) il évoque un problème bien plus radical, celui de l’incompatibilité d’une morale universelle et d’une existence politique. Une morale universelle telle qu’est avant tout pour Rousseau l’enseignement de l’Evangile ne peut conduire qu’à la destruction de la communauté politique comme communauté libre car elle prescrit l’amour de l’homme, l’amour de l’humanité auquel tout être humain peut prétendre alors que la République prescrit l’amour de la patrie par-dessus tout et la mort pour la patrie s’il le faut. Le citoyen véritable dit explicitement Rousseau ne doit vivre que pour la patrie et ne doit mourir que pour elle, son amour de la patrie impliquant la mort pour la patrie étant donné qu’il doit considérer qu’il doit tout à la patrie, qu’il a envers elle une dette inextinguible (raison pour laquelle il est curieux de voir des auteurs niant la pertinence de toute dette se réclamer de Rousseau, mais il y a des gens qui ne sont pas à une inconséquence près, il semble qu’ils font exprès de les multiplier) :

« Un enfant en ouvrant les yeux doit voir la patrie et jusqu’à la mort ne doit voir qu’elle. Tout vrai républicain suça avec le lait de sa mère l’amour de sa patrie, c’est-à-dire des lois et de la liberté. Cet amour fait toute son existence ; il ne voit que la patrie, il ne vit que pour elle ; sitôt qu’il est seul, il est nul : sitôt qu’il n’a plus de patrie, il n’est plus et s’il n’est pas mort, il est pis », p.966.

Il n’est d’ailleurs citoyen qu’en étant guerrier car la citoyenneté véritable exigeant la participation active du citoyen, elle exige du même coup qu’il prenne en charge la défense de la patrie.

L’amour de la patrie comme amour de la liberté politique n’est pas dissociable chez Rousseau de l’amour du pays, de son histoire, de ses usages et de ses mœurs, en d’autres termes de ce qui relève de ce que Rousseau nomme le « caractère national » d’un peuple. La patrie au sens de Rousseau n’est pas ce qu’entend par là le républicanisme politico-juridique, elle ne réside pas dans des lois et des idées, car les lois ne peuvent être efficientes sans unité et homogénéité des mœurs pour le philosophe genevois. Mais elle n’est pas pour autant une réalité ethnique. Elle est bien la réalité politique suprême indissociable de la liberté politique et du caractère national puisque la communauté politique concrète ne peut exister que comme communauté particulière, celle d’un peuple et que la volonté générale concrète ne peut exister que chez un peuple particulier et dans des institutions particulières. Il est donc inconséquent de dissocier l’amour de la patrie du caractère national chez Rousseau. Et il est aussi inconséquent de faire résider le nationalisme, posé comme différent du patriotisme, dans la défense d’une appartenance culturelle, historique, unique qu’il faudrait protéger contre toute pénétration étrangère puisque ces traits se retrouvent bien dans les œuvres de Rousseau. Au sens de Rousseau, il n’y pas une communauté politique ouverte qui serait patriote et une communauté politique fermée qui serait nationaliste, cette distinction n’a aucune pertinence pour lui. Prétendre rendre les auteurs anciens compatibles avec les modes du présent expose à bien des déconvenues. En ce qui concerne la pensée politique de Rousseau, il y aurait beaucoup à dire sur son usage inconséquent dans de nombreux travaux à prétention philosophique.

François Loiret, 2017, tous droits réservés.

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